La Route 66 a 100 ans cette année. Ça fait un choc quand tu réalises. Un siècle qu’on roule dessus, qu’on la filme, qu’on la fantasme. Et pourtant, tu demandes à dix personnes autour de toi si elles l’ont vraiment faite, y’en a peut-être une qui lèvera la main.
Perso, je trouve que c’est le paradoxe des road trips mythiques. Tout le monde en rêve. Peu les font. Et ceux qui les font reviennent souvent avec des histoires qui n’ont rien à voir avec la carte postale.
Prends la Route 66 justement. Sur le papier, c’est 3 940 kilomètres de Chicago à Santa Monica, huit États traversés, des diners en néon, des motels aux enseignes fatiguées, des stations-service abandonnées qui rouillent joliment sous le soleil du Nouveau-Mexique. Dans la vraie vie, c’est aussi des tronçons remplacés par des interstates modernes, des détours pour retrouver l’ancien tracé, et parfois des paysages franchement quelconques entre deux moments magiques. Entre deux étapes, les soirées dans les motels laissent parfois du temps pour tester des plateformes de jeux en ligne histoire de décompresser. Mais bon. Quand tu roules à Tucumcari au coucher du soleil, tu comprends pourquoi les gens y consacrent leurs vacances.

À l’opposé du globe, la Côte d’Azur. Même délire de mythe, format condensé. Une Golf GTI (ou n’importe quoi d’autre qui a du couple), la Grande Corniche, les virages au-dessus de la Méditerranée, Èze, Monaco, la Turbie. Là où la 66 t’oblige à avaler les kilomètres, la Côte d’Azur te fait ralentir tous les 500 mètres pour prendre une photo. Deux philosophies totalement opposées.
Et franchement ? Les deux se défendent.
Ce qui est marrant, c’est que tu n’as même pas besoin de traverser l’Atlantique pour ressentir un truc à la 66. En Occitanie, y’a des coins qui font clairement penser aux États-Unis. Des étendues, des ciels immenses, des routes droites qui filent à l’horizon. C’est pas identique évidemment, mais l’esprit y est. Et ça coûte le prix d’un plein, pas d’un billet transatlantique.
Les constructeurs l’ont bien compris d’ailleurs. Bugatti vient de boucler son Grand Tour 2026 en Afrique du Sud, avec des clients qui ont enchaîné les routes de rêve au volant de voitures qui coûtent plus cher qu’un appartement. C’est un autre monde, clairement. Mais l’idée reste la même : rouler pour rouler, faire du kilomètre l’expérience en soi, et pas juste un moyen d’aller d’un point A à un point B.
Le truc c’est que le road trip, c’est un état d’esprit avant d’être une géographie. J’ai des potes qui ont fait Paris-Marseille par les départementales et qui en parlent encore trois ans après. D’autres qui ont bouclé la 66 et qui trouvent que c’était « sympa ». Tout dépend de comment tu abordes la route. Un peu comme le divertissement en général — que tu sois du genre à passer une soirée devant un vieux film, à faire un tour sur Dublinbet après le dîner, ou à préparer ton prochain itinéraire sur Google Maps, c’est le rapport à l’expérience qui compte plus que l’activité elle-même.
Ce qui me frappe avec les road trips mythiques, c’est qu’ils vieillissent bien. La 66 a un siècle et elle attire toujours. La Grande Corniche existe depuis Napoléon et elle envoie encore du bois. Y’a peu de trucs dans le voyage qui traversent aussi bien les époques.
Mon conseil si tu hésites entre les deux ? Fais la Côte d’Azur d’abord. C’est court, c’est intense, tu peux le boucler en un week-end prolongé. Ça te donnera une idée de si tu aimes vraiment le format « conduire pour conduire ». Et si tu accroches, alors là oui, économise pour la 66. Parce que trois semaines à traverser l’Amérique en bagnole, c’est pas un truc qu’on improvise entre deux ponts de mai.
Y’a aussi une option que peu de gens envisagent : les Alpes. Cols du Galibier, de l’Iseran, de la Bonette. Franchement, en termes de sensations pures au volant, ça n’a rien à envier à ce que tu trouveras ailleurs. Et l’avantage, c’est que t’as pas besoin de louer une voiture spéciale ou de traverser des fuseaux horaires.
Le vrai luxe aujourd’hui, c’est peut-être ça. Prendre le temps de rouler sans destination précise.